Pourquoi ce blog ?

La paroisse de Meursault comporte 13 villages. Les croix qui sont implantées sur son territoire, parfois depuis plusieurs siècles, font partie de notre environnement familier. Beaucoup sont toujours en place, malgré de multiples facteurs de dégradation. Il est vrai que certaines paraissent abandonnées, mais d’autres sont entretenues ou ont été rénovées avec soin. Des croix ont été encore construites récemment.

Un groupe de travail constitué en 2015 parmi les paroissiens a étudié toutes ces croix et a collecté les informations disponibles. Chaque personne du groupe représentait plus particulièrement son village et était chargée de rassembler toutes les données intéressantes. Cela a permis d’éditer des dépliants touristiques en 2016 et 2017, et de rédiger ce blog.

Chaque village possède plusieurs croix, cinq pour les moins bien pourvus, davantage pour les autres, jusqu’à douze. Dans l’ensemble des treize villages, nous avons dénombré 97 croix encore existantes. Cela fait à peu près une croix pour 57 habitants, selon la densité de la population actuelle, ou 0,74 croix par km2. Dans ce calcul, nous avons compté les Trois Croix de Santenay comme une unité, puisqu'elles forment un tout.



Ce plan de l'ensemble des villages de la paroisse permet de situer chaque croix, représentée schématiquement par un point coloré :

On a tenté de classer les croix en deux catégories, selon l'âge qu'on a pu leur attribuer : 
Chaque point rouge signale une croix dont un élément au moins date de manière certaine d'avant la Révolution.
Les points verts indiquent les croix faites ou refaites par la suite.
On voit que les croix ne sont pas réparties sur le territoire selon un maillage homogène. Elles se regroupent surtout dans les agglomérations et aux environs. Les croix qui comportent des parties anciennes se trouvent plutôt à l'ouest, dans les collines, alors qu'il n'en reste plus guère à l'est, dans les villages qui bordent directement la plaine. Deux explications sont possibles :
- les révolutionnaires qui ont abattu les croix ont agi à partir de la voie de communication principale, la route de Beaune à Chalon, et se sont peu aventurés dans les villages reculés.
- on peut aussi imaginer que ces villages des collines, moins riches, ont tant bien que mal remonté leurs croix avec les morceaux subsistants, une fois la tourmente passée, alors qu'ailleurs on a préféré les refaire complètement à neuf.
Cette carte met aussi en évidence le vide des hauts plateaux. Cela concerne les parties occidentales des villages de Mavilly-Mandelot, Meloisey et Saint-Romain. Dans cette zone presque sans habitat, il n'y a pas de croix.

Pour explorer plus en détail les croix des villages, on utilisera les onglets situés sur la droite de cette page d'accueil. Chacun correspond à un village différent, pour lequel les croix sont présentées l'une après l'autre.
Les principales caractéristiques de chacune sont indiquées, incluant des données physiques et historiques. Pour l'orientation, On a tenté de distinguer chaque fois que possible l'avers du revers du monument. C'est aisé quand on voit la figure du Christ, ou le pannonceau INRI. Parfois, on est guidé simplement par une face plus ornée que l'autre, ou une console au devant du piédestal, ou une inscription. Mais il arrive qu'aucun indice ne permette de faire la distinction. Sur nos shémas, chaque fois qu'on a pu le déterminer, l'avers est signalé par une représentation du Christ .
La taille indiquée pour chaque croix n'est une mesure directe que pour les plus petites. Pour les autres, c'est une estimation, sachant que cette estimation est d'autant plus incertaine que la croix est de haute taille. Néanmoins, cela donne l'ordre de grandeur.

Cette page d'accueil se poursuit pour tenter une approche plus générale. 
Dans les lignes qui suivent, on se propose d’aborder ces queques thèmes  :


      La terminologie retenue dans ce travail
      La fonction des croix
      La description des croix, variété de matières et de formes
      Les facteurs de dégradation des croix
      Les données historiques
      Les différents types de croix de la paroisse
      Pourquoi s’intéresser aux croix et les entretenir ?




Terminologie retenue

Les termes utilisés par les différents auteurs qui ont écrit sur les croix ne sont pas toujours homogènes. Par souci de clarté, quelques éléments de vocabulaire ont dû être précisés ; c’est ainsi que nous avons retenu les mots suivants :

L’emmarchement :

À la base du monument, s’il y a quelques marches qui forment un soubassement sous le piédestal, cela s’appelle l’emmarchement.

Le piédestal :

Sur l’emmarchement se trouve le piédestal, plus ou moins massif, plus ou moins développé en hauteur. Il est souvent doté d'un ou de plusieurs éléments en surplomb, appelés consoles. 

Le fût :

C’est la colonne fixée sur le piédestal. Souvent de grande taille, il permet de porter la croix en hauteur de manière à la rendre bien visible

La base du fût peut prendre différentes formes. Souvent, c’est un segment cubique appelé dé.

De même, le fût se termine généralement par un chapiteau, à la manière d’une colonne, surmonté comme tout chapiteau de son abaque ou tailloir.

Le croisillon :

Au sommet, la croix proprement dite est le croisillon. Les branches du croisillon peuvent se terminer par des ornements, rapportés ou non, qu’on appelle des fleurons. Les croix anciennes possèdent un croisillon souvent très travaillé, et de forme diversifiée.

(On a retenu le mot croisillon, à la différence de certains auteurs, pour qui le croisillon n’est que la traverse horizontale. Le mot croix, qu’on aurait pu utiliser à la place, entraîne un risque de confusion, car ce terme désigne aussi l’ensemble du monument).

Le titulus :

Le panonceau INRI qui reproduit celui qui était fixé sur la croix du Christ est très souvent présent, même s’il n’y a pas d’image du Christ. C’est le titulus. Une croix de Volnay le montre même sur ses deux faces. Rappelons que les quatre lettres signifient Iesus Nazarenus Rex Iudaeorum, Jésus de Nazareth Roi des Juifs.

Éléments constitutifs d'une croix

Fonction des croix

On n’imagine plus guère à quel point au cours des siècles passés ces croix étaient intimement liées au quotidien. Elles avaient une fonction importante, à la fois dans la vie religieuse et dans la société.

Elles sont là parce que nous sommes en pays chrétien. La vue des croix disséminées sur le territoire rappelle constamment au chrétien la présence du Christ et son sacrifice pour l’humanité. C’est une incitation à la prière. Pour cette raison, leur disposition ne doit rien au hasard : l’orientation du monument doit être telle qu’en regardant l’image du Christ on soit tourné vers l’orient, qui est comme chacun sait la direction de Jérusalem. On parle alors d’une croix orientée.

Certes, à l’heure actuelle, la diversité de ce patrimoine en fait un sujet d’intérêt pour tous les amateurs d’histoire locale, de traditions rurales et de vieilles pierres. Les croix sont un élément pittoresque du paysage. Les circuits de randonnée en font profiter les touristes. Quant aux habitants, ils ont souvent pour elles de l’intérêt et de l’attachement. Mais tout cela ne doit pas occulter leur dimension religieuse. Si l’on se demande pourquoi elles ont été construites et à quoi elles doivent servir, la réponse, évidemment, ne peut qu’être de nature religieuse.

Nos villages comportent encore beaucoup de croix, qui montrent à quel point le christianisme a imprégné la vie de nos ancêtres. Elles ont été disposées aux points stratégiques, les entrées de village, les places, les carrefours (souvent au milieu du carrefour, sur un emmarchement qui les rehausse et les rend bien visibles).

Elles se trouvent aussi dans les cimetières, où elles sont le signe de la foi en la résurrection. Quand on n’avait pas les moyens de se faire inhumer sous le pavage de l’église  on se contentait du cimetière qui entourait l’édifice, et on était heureux d’être placé « proche la croix ». Les inhumations à l'intérieur des églises ont été pratiquées jusqu’à leur interdiction en 1776, voire au delà puisqu'une sépulture de 1820 existe dans l'église de Mavilly.

La campagne est également parsemée de croix, moins denses que dans les villages, mais nombreuses cependant. Généralement, on les voit de loin. Les croix dissimulées dans les bois comme la croix de Saint-Abdon d’Auxey ne s’y trouvent que parce que l’abandon des cultures a permis à la forêt de reprendre ses droits. Pour le vigneron comme pour le voyageur des chemins, la croix est un signe de la présence de Dieu, et le gage de sa protection.

Quand elle est consacrée à un saint, la croix permet de bénéficier de son intercession.

Monuments de dévotion par excellence, les croix sont des étapes essentielles pour les processions religieuses, qui ont été très nombreuses.

Parmi les témoignages anciens, on trouve celui de Charles Paquelin, vigneron de Chassagne. Quand il évoque l’été 1789 dans ses Cahiers de mémoire, il nous parle de l’anxiété qui saisit les populations au début de la Révolution, et du recours aux prières pour demander la paix civile, et le beau temps. Il écrit : « On a commancé par une procession vers la croix de mission et autres croix pendant trois jours, avec des grand messe chantées solennement, chantant le ʺDomine non secundum" et les oraison et les litanies des Saint. »

Comme les processions, les cortèges funèbres venant d’habitations éloignées suivaient un parcours où les croix constituaient aussi des étapes obligées.

On peut rappeler maintenant quelques usages profanes des croix, car on leur a rapidement trouvé une utilité pratique qui s’ajoute à leur fonction religieuse.

Ce sont d’abord des repères topographiques de premier ordre. On s’en est beaucoup servi quand il n’y avait pas de cadastre.

Ainsi, une croix peut matérialiser la limite d’une paroisse, d’un fief. Elle peut séparer deux territoires où s'exercent deux juridictions différentes. Elle joue le rôle d’une borne, et a l’avantage d’être plus grande et plus visible.

C’est au point que les concepteurs de la carte de Cassini (XVIIIe siècle) qui on fait appel aux prêtres de chaque paroisse pour obtenir des informations topographiques, leur ont demandé « les noms, exposition, situation, éloignement du village, des arbres, piliers de justice, croix, calvaires, poteaux, bornes, etc., qui par leur hauteur et position servent d’indication dans le pays et de séparation de justices, territoires, évêchés, élections, intendances, etc. »

Certaines croix ont laissé leur nom à un lieu-dit, et ce nom subsiste même quand elles ont disparu.

Dans les agglomérations, les croix étaient des points de repère indispensables en l’absence de plans, de plaques de rue et de numéros. C’est une des raisons pour lesquelles elles devaient être parfaitement visibles.

Au Moyen Âge, se réfugier auprès d’une croix permettait de bénéficier du droit d’asile (depuis le concile de 1095). La croix assurait donc à la fois une sauvegarde spirituelle et une sauvegarde corporelle. Il est possible que cette double fonction protectrice reste inscrite dans notre imaginaire collectif, et cela explique en partie pourquoi nos populations tiennent encore tant à leurs croix, même quand la pratique religieuse diminue.

Comme les croix sont orientées, elles indiquent au voyageur la direction des points cardinaux. Il est vrai que les croix qui nous sont parvenues sont rares à respecter cette disposition. Celles qui ont été construites depuis un siècle ou deux sont alignées sur les rues ou sur les murs voisins plutôt que sur les points cardinaux. Quant aux croix anciennes, elles ont été tellement refaites et changées de place qu'elles ne sont pas mieux orientées.

Plus récemment (XIXe, XXe siècle) on s’est servi de ces monuments pour fixer des repères de nivellement, encore visibles sur certains piédestaux.

Actuellement, on n’hésite pas à les utiliser pour accrocher des affichettes, ou pour signaler un sentier de randonnée par quelques traits de peinture. Voilà des utilisations toutes profanes.

Repère de nivellement à Auxey, affichette à Pommard, traits de peinture à Saint-Romain


Description des croix, variété de matières et de formes

Il va sans dire que les croix qui subsistent sont très diverses par l’ancienneté, par le style, par la matière, par les dimensions et par la situation.


Variété de matières

Certaines croix sont rudimentaires, d’autres sont très élaborées. Les constructeurs ont souvent tout fait pour les mettre en valeur. La croix Brugnot de Pommard forme un ensemble complexe : la croix traditionnelle y est entourée par une alcôve maçonnée en demi-cercle munie de deux piles, avec deux niches au fond. La croix Jessiaume de Santenay est à l’intérieur d’un enclos délimité par des grilles. La croix de la Jolie de Monthelie est perchée sur un soubassement qui la met au niveau du chemin. La croix des Masures de Chassagne a été installée au sommet d’un talus. On a tendance à les placer en situation dominante, pas seulement pour les rendre plus visibles, mais aussi pour rappeler la croix du Christ qui était dressée sur la colline du Golgotha.

Entre les plus anciennes croix de la paroisse, dont le style dénote le XVe siècle, et la plus récente à avoir été construite qui date de 2015 (Croix Rousse de Chassagne-Montrachet à l’emplacement d’une autre croix détruite, sur le même modèle), une production abondante et diverse a pu prendre place sur notre territoire.

La plupart de nos croix sont en pierre de taille calcaire, extraite des carrières locales. Ce matériau, théoriquement résistant, mais de qualité variable, ne les met pas à l’abri des dégradations.

Outre la pierre, on trouve des croix métalliques, de bois ou de ciment.

Les croix métalliques sont peu nombreuses dans notre paroisse. Ce sont la croix Jessiaume de Santenay qui est en fer forgé, ou la croix du cimetière de Melin qui est en fonte moulée (brisée en 1934, elle a dû être remplacée). On peut aussi mentionner la croix des Argillières à Pommard, ainsi que la croix rénovée de la route de Saint-Romain, au départ de Meloisey. La croix du cimetière de Chassagne est également en métal peint. Ces cinq croix ont néanmoins un piédestal de pierre.

Les croix de bois sont faites d’un matériau qui est encore moins durable que la pierre, même quand il est bien choisi. On en trouve deux à Saint-Romain, une à Volnay, une à Nantoux, et une autre récemment restaurée à Monthelie. Là aussi, toutes ont un piédestal de pierre. Une croix de mission en bois de Saint-Aubin n’existe plus, elle a été renversée par le passage de chalands de l’armée allemande pendant la seconde guerre mondiale.

Citons enfin les grandes croix entièrement construites en béton du mont de Sène à Santenay, qui n’ont rien de remarquable en soi, mais qui sont faites pour être vues de très loin, et qui sont destinées à produire un effet monumental saisissant dans un site exceptionnel.


Croix de pierre à Meloisey, de fer forgé à Santenay, de bois à Saint-Romain, de béton à Santenay


Variété de formes

Chaque partie d’une croix peut affecter une forme particulière, courante la plupart du temps, parfois très originale :

L’emmarchement

L’emmarchement peut être absent, et le piédestal paraît posé directement sur le sol. Dans ce cas, la solidité de la croix est assurée par un soubassement enterré invisible, formé de grosses pierres, à moins que le monument ne soit directement posé sur la roche (croix de bois à Saint-Romain).

Emmarchements à Saint-Romain, Maîtranceaux, Meloisey, Auxey-le-Petit

L’emmarchement présente des avantages. Il magnifie la croix, et il lui confère une meilleure assise par sa largeur accrue. Encore faut-il qu’il soit solide, car il doit supporter le poids d’un piédestal parfois massif, c’est pourquoi il est formé de préférence de gros blocs de pierre, éventuellement liés par des agrafes de fer comme à Mavilly. La croix des Hauts-Brins de Monthelie montre une marche monolithique.

La croix de la place de Johannisberg, à Puligny, est placée sur une marche en béton. Sans doute, une marche en pierre a existé auparavant, et s’est trouvée dégradée ou détruite.

L’emmarchement peut affecter diverses formes : il peut être carré, circulaire, octogonal. Les marches les plus hautes se voient à Maîtranceaux où elles atteignent la hauteur impressionnante de 36 cm environ.

On dénombre une à quatre marches. Il y en a quatre à Mavilly (croix de la place de l’église), Auxey-Duresses (croix Saint-Martin), trois à Maîtranceaux, Saint-Romain (croix devant l’église, croix du jubilé de Léon XII), Auxey-le-Petit (croix du cimetière), deux à Volnay (devant l’église), Meloisey (devant l’église), etc. Évidemment, sur un terrain en pente, le nombre de marches visibles peut être plus élevé d’un côté que de l’autre. Il arrive aussi qu’au fil des siècles les marches soient peu à peu enterrées, comme à Meloisey (croix de Triou, dont les marches disparaissent dans un talus).

Le piédestal

Il peut être à peine visible, à ras de terre (croix de Carran à Saint-Romain, croix du pont de la Combe à Nantoux) ou de dimensions réduites (croix Saint-Martin d’Auxey). Il peut être constitué d’un bloc massif, plus ou moins cubique, surmonté ou non d’une corniche. Développé en hauteur, il peut être monumental, et présenter un décor sculpté abondant ainsi que des inscriptions.
Meloisey, Monthelie, Saint-Romain
Mavilly-Mandelot, Santenay, Saint-Romain

Monolithique ou formé d’un nombre restreint de pierres, il doit être stable et résistant. Délicatement sculpté à Santenay, Saint-Romain ou Mavilly, il peut présenter ailleurs de simples surfaces unies, voire à peine équarries.

La corniche qui forme souvent sa partie supérieure se présente comme une sorte de table, utile à l’officiant pour déposer des objets de culte. Les croix du XIXe siècle sont conçues de manière à ce que cette corniche soit à bonne hauteur pour le prêtre. Souvent, la surface est augmentée par une console, généralement en demi-cercle, voire rectangulaire. Parfois la console forme un surplomb aussi large que le piédestal. Les consoles ont été presque systématiques au XIXe siècle.

Certaines consoles de croix anciennes sont au nombre de quatre autour du piédestal, et présentent des écus (Mavilly, Santenay, Nantoux).

Le piédestal de la croix du cimetière de Santenay possède une particularité : un pupitre façonné dans la pierre.

Le fût

Parfois, le fût n’existe pas, et le croisillon est fixé directement sur le piédestal, comme pour la Croix de Pommard où l’on a recherché des lignes simples et modernes. Les croix de bois sont dans le même cas, ainsi que la croix des Argillières de Pommard, et la croix du cimetière de Chassagne. Il n’y a pas de fût non plus dans les croix de béton du mont de Sène à Santenay dont la structure est très simple.

Les dimensions des fûts sont très variables. Certains ont un fort diamètre et atteignent une hauteur impressionnante. D’autres sont plus grêles et de taille réduite.

Généralement d’un seul tenant, le fût peut se présenter en deux ou trois tronçons superposés, sans doute pour des raisons d’économie. Il se peut aussi qu’un fût se soit brisé. La réparation peut se faire au moyen d’un goujon interne, de grosses agrafes de fer, ou plus sommairement en ajoutant un cerclage de fer (croix de la place de la mairie de Volnay, croix Gerbault de Monthelie, etc.)

Pour être solidement implanté, le fût est généralement engagé dans un creux de même section pratiqué dans le piédestal. On peut aussi assembler les blocs avec des liens de fer. La base du fût peut ressembler à celle d’une colonne, ou plus fréquemment elle peut affecter la forme d’un dé plus ou moins cubique. Présentant des surfaces planes, ce dé est souvent porteur d’inscriptions.

Quand on a ressenti des craintes pour la stabilité d’un fût, il est arrivé qu’on ajoute un dé de béton, pour ennoyer la base du fût, comme on l’a fait pour la croix Mion d’Auxey.
Fût pyramidal à Saint-Romain, cylindrique renflé à Meloisey, porteur d'une inscription sur un écu à Saint-Romain, sculpté de motifs religieux à Pommard, ornés de végétaux grimpants à Meursault et à Saint-Romain

La forme la plus courante est la forme cylindrique, éventuellement galbée ou renflée au milieu. Le fût peut aussi présenter une section carrée, à arêtes vives, ou chanfreinées. Il peut être octogonal, et même montrer une forme pyramidale, c’est-à-dire large à la base et effilée au sommet.

S’il est plus complexe, il montrera des cannelures (croix du cimetière de Puligny, croix de Mazeray à Meursault, croix Brugnot à Pommard), ou d’autres décors sculptés.

Il est agrémenté parfois à mi-hauteur d’un écusson qui sert d’écriteau (Saint-Romain croix de la Grande Rue, Mavilly-Mandelot croix du bois de Sabot). Parfois, rien n’est écrit sur l’écu, mais on y voit des représentations figurées, comme sur un blason. C’est le cas de la croix située devant l’église de Saint-Romain.

Le fût peut aussi montrer un motif sculpté (cœur, ostensoir, ...)

Trois de nos croix, une à Melin (Auxey) et deux à Nantoux, ont une niche creusée dans le fût, sans doute pour accueillir une statue de la Vierge. Les statues ont-t-elles jamais existé ? Il y en eut certainement à Nantoux, car une croix montre encore la grille qui protège la niche, et l’autre présente les anciennes traces de fixation de la grille.

Enfin, le fût peut être décoré d’un enroulement végétal délicatement sculpté, comme à Saint-Romain ou à Meursault. On remarque un rameau d’olivier dans le premier cas, et de vigne dans l’autre cas. Le sens de l’enroulement n’est pas le même sur les deux croix.

Le chapiteau

La plus grande diversité règne en matière de chapiteau. Il peut être réduit à un simple abaque, ou bien il peut être merveilleusement ouvragé, comme on le voit sur la croix de la place du Monument aux Morts de Puligny. Différents styles et époques peuvent servir d’inspiration au sculpteur, l’antiquité gréco-romaine, l’époque gothique, etc. Certains chapiteaux rappellent l’ordre toscan, d’autres l’ordre ionique avec ses enroulements caractéristiques, plus rarement l’ordre corinthien.

Chapiteaux 1 et 2 à Chassagne-Montrachet, les suivants à Meloisey, Saint-Romain,
Monthelie, Pommard, Volnay, Meursault
Meursault, Saint-Romain, Puligny-Montrachet



Le croisillon

Comme pour le fût, les branches du croisillon peuvent avoir une section circulaire, carrée ou octogonale. Il peut exister un renfort central, par exemple sous forme de disque à la croix des Hauts-Brins de Monthelie. L’extrémité des branches peut être parfaitement plate (croix de Pommard), bombée, comporter une bague saillante (place de l’Europe à Meursault), présenter un motif géométrique (rue du Tilleul, Meloisey).
La croix du cimetière d’Auxey, percée et faite de quatre croissants juxtaposés, est d’une conception unique dans la paroisse.


Mavilly-Mandelot, Auxey-Duresses, Saint-Romain, Puligny-Montrachet

Mavilly-Mandelot, Volnay, Pommard, Meursault

Meursault, Melin (Auxey), Puligny-Montrachet, Chassagne-Montrachet
Certaines branches se terminent en fleurons de formes diverses, dont certains peuvent être rapportés et fixés par des tiges de fer (soleil et lune à Volnay et Pommard).
 
Les fleurons sont parfois remarquablement développés (place de l’église de Mavilly, croix Nuidant de Meursault). Outre ses fleurons, la croix de Mavilly possède un renfort central en forme de couronne, fait de volutes opposées, qui dessine un fond rayonnant derrière l’image du Christ, et dont l’effet est saisissant.
Les croix de bois sont très simples. Les branches de section carrée et chanfreinées peuvent comporter une gorge et se terminer par une pointe, comme la croix de mission de Volnay, ou la croix de Carran de Saint-Romain, dont les pointes sont tronquées. En revanche, pas de gorge ni de chanfrein sur la croix de Bois, également à Saint-Romain, ni sur la récente croix des Pestiférés de Monthelie.

La croix Jessiaume de Santenay en fer forgé montre un beau travail de ferronnerie.

L’image du Christ, quand elle existe (16 croix sur 97) peut être sculptée dans la masse du croisillon (à Mavilly, Saint-Romain, Meloisey, Monthelie, Puligny-Montrachet), ou le plus souvent rapportée sous la forme d’un Christ en métal moulé. Les Christ sculptés dans la pierre ont une apparence variable : ils peuvent présenter une certaine raideur (Monthelie), des lignes plus souples (Mavilly) ou plus contemporaines quand l’œuvre est récente. Les Christ métalliques sont plus uniformes et plus académiques.


Monthelie, Saint-Romain, Puligny-Montrachet

Pommard, Mavilly-Mandelot, Chassagne-Montrachet

La taille de ces statues du Christ peut être importante. La plus grande est celle du cimetière de Chassagne, puis vient celle de la croix Jessiaume de Santenay. Les autres ont un format nettement plus réduit.

Les bras peuvent être à l’horizontale (surtout quand ils sont sculptés dans la même pierre que le croisillon) ou plus ou moins dirigés vers le haut (croix du cimetière de Nantoux, où les bras sont relevés d’un angle d’environ 50°).

Les pieds sont fixés avec un clou pour chaque pied (comme on le voit sur 12 croix) ou un seul clou (3 croix). La croix de l’église de Meloisey fait exception puisque les pieds du Christ ne sont pas visibles.

Dans la moitié des cas, la tête est plutôt levée vers le ciel, notamment à Puligny. Ailleurs, elle retombe de manière plus ou moins marquée.

Deux croix, à Monthelie et à Puligny, montrent non seulement l’image du Christ, mais aussi celle de la Vierge sculptée sur l’autre face. C’était plus fréquent autrefois, puisqu’on sait que l’ancienne croix du cimetière de Saint-Aubin présentait cette disposition avant la Révolution.

La Vierge est représentée debout, et tient l’Enfant Jésus, sur son bras droit à Monthelie et sur son bras gauche à Puligny.
Monthelie, Puligny-Montrachet

Les inscriptions

Elles peuvent se voir à de nombreux emplacements, sur les différentes faces du piédestal, y compris sur sa corniche, sur le dé, sur un écu au milieu du fût, sur le chapiteau, sur le croisillon.

Sur les 97 croix, 17 sont totalement dépourvues d’inscription, en tout cas d’inscription actuellement existante.

Sur les autres, on trouve d’abord le titulus (sur 35 croix), souvent seul, sans l’image du Christ. Généralement écrit INRI, dans un cas cependant (croix du cimetière de Chassagne) il prend la forme JNRJ, ce qui indique qu’il a été traduit en français (Jésus de Nazareth, Roi des Juifs).

Viennent ensuite, sur 25 croix, des citations de l’hymne latine Vexilla regis
Le verset cité le plus fréquemment n’est traduit que sur une seule des croix : O croix mon unique espérance
Sur 12 autres croix, on lit une partie du verset : O Crux ave
Sur 9 croix, la formule est complète : O Crux ave spes unica
Sur 1 croix, on en lit seulement la fin : Spes unica
Deux croix de Pommard citent d’autres passages de l’hymne.

On trouve des citations des Écritures (une citation d’Isaïe en latin, une citation de saint Luc en français), Les acclamations carolingiennes sont écrites sur une croix de Mavilly, à la fois en latin et en français. D’autres sentences se lisent, en latin ou en français.

On trouve également des noms de personnes, commanditaires ou dédicataires, mais aussi des dates, ou la mention « croix de mission », etc.

Le décor sculpté

À part les figures du Christ et de la Vierge, on peut trouver des sculptures sur toutes les parties des croix. Certaines croix sont très ornées, d’autres sont totalement dépourvues de tout décor sculpté.

Les thèmes religieux sont omniprésents : couronne d’épines, objets de culte tels que des ostensoirs (au revers de la croix, ou à l’avers, ou sur le fût) ou des calices. Le cœur, symbole de l'amour divin, est souvent présent. Il peut être simple ou couronné de flammes.

On peut remarquer des oiseaux symboliques au sommet de deux de nos croix : la colombe du Saint-Esprit (Meloisey), le pélican (Saint-Romain). De plus, l'ancienne croix Sorine de Santenay, qui était en bois, était paraît-il surmontée d'un coq sculpté.

Quant aux représentations astronomiques, étoiles, soleil, lune, gravés sur le fût ou en fleurons, elles rappelent le caractère universel et cosmique du sacrifice du Christ.

La vigne et l’olivier qui grimpent autour de certains fûts sont des végétaux symboliques, souvent cités dans les Écritures. Il se trouve que la vigne est cultivée dans la totalité des treize villages qui composent la paroisse. Une croix de Puligny est décorée de lierre, végétal qui symbolise l'éternité parce qu'il reste toujours vert.

On pourrait citer encore bien d’autres motifs ornementaux.

Les similitudes de forme

Dans un même village, plusieurs croix peuvent se ressembler. Chaque village aurait-il développé un style qui lui est propre ? Par exemple, on trouve deux fûts octogonaux de forme pyramidale à Saint-Romain. À Meloisey, on voit deux fûts cylindriques présentant à mi-hauteur un cœur sculpté en relief, détail qui n’existe sur aucune autre croix de la paroisse. Pommard comporte plusieurs croix dont le fût et les branches du croisillon ont une section octogonale.

On trouve dans plusieurs villages des croix du XIXe siècle d’un modèle bien défini : le croisillon, de section carrée, est muni au centre de renforts plus étroits. Les extrémités des branches se terminent par des sortes de pyramides tronquées aux lignes concaves. Or, les croix de ce type ou apparentées ne sont pas réparties de manière homogène : on en trouve quatre à Puligny, trois à Chassagne, trois à Meursault, une à Mavilly, et aucune dans les autres villages. Pour l'essentiel, elles se rencontrent dans trois villages voisins.
Sans nul doute, cela n'est pas dû au hasard. La forme particulière des croix ou son décor peut correspondre à une demande de la population ou des commanditaires, accoutumés à un certain type. Ou bien le tailleur de pierre a pu s’inspirer de croix locales préexistantes, ou encore plusieurs croix ont été réalisées dans la même période, par le même artisan qui a imprimé son style.


Les facteurs de dégradation des croix

Du fait de leur forme en hauteur, les croix sont particulièrement sujettes à pencher, à tomber, à subir des brisures accidentelles ou intentionnelles. Les croix de carrefour peuvent être victimes de la circulation. Les goujons de fer qui maintiennent souvent les blocs sont susceptibles de rouiller et de faire éclater la pierre.

La pierre choisie peut être de mauvaise qualité, excessivement poreuse, ou gélive.

L’exposition permanente aux intempéries est un facteur de dégradation. La pluie, le gel, les tempêtes, la foudre et autres facteurs atmosphériques sont un danger réel. Deux croix de Saint-Aubin ont dû être restaurées après un violent orage en 1933. C’est également un orage qui a brisé la croix devant l’église de Saint-Romain.

On a laissé grandir auprès de plusieurs croix des arbres qui forment des bosquets ombragés, et qui font au monument un écrin de verdure du plus bel effet. Mais en cas de tempête, les branches agitées risquent de frapper la croix et peuvent la briser, sans omettre l'action déstabilisatrice des racines.

Il faut ajouter les fientes corrosives des oiseaux qui considèrent irrespectueusement les croix comme des perchoirs.

Ces monuments sont donc fragiles. Abandonnée, une croix s’effondre et finit par disparaître. Celles qui ont subsisté, surtout les plus anciennes, ont été l’objet de soins constants et de réparations fréquentes au cours de leur histoire.

Si nous ne voulons pas les voir disparaître, il faut continuer à les entretenir.

À ces causes naturelles de dégradation s’ajoutent les effets de l’action humaine, c’est-à-dire des guerres, des révolutions, de la malveillance, des accidents, voire des restaurations mal conduites.

Un épisode surtout a été particulièrement destructeur. En 1793, la Révolution a lancé le mouvement de la déchristianisation, sous l’impulsion de Fouché. D’innombrables croix ont été abattues à cette époque. Bien sûr, notre paroisse fut touchée par ce mouvement d’ampleur nationale.

Avant la Côte d'Or, les autorités de la Saône-et-Loire publièrent le 9 brumaire An II (30 octobre 1793) un arrêté relatif aux signes extérieurs des cultes, où l'on peut lire : "Comment se peut-il ... que l'on aperçoive encore dans nos champs, dans nos voies publiques, dans nos places, des autels, des croix, des oratoires, des bustes de sectaires consacrés au culte romain ? ...
Les officiers municipaux feront enlever les croix, ornemens d'oratoires, tableaux, bustes et autres monumens de piété, aussi-tôt après la publication du présent arrêté."

Peut-être piquées au vif d'avoir été devancées par la Saône-et-Loire, les autorités de la Côte d'Or réagirent rapidement, "considérant que les citoyens de ce département sont trop instruits pour être les derniers à s'élever contre les préjugés du fanatisme et contre les abus d'un culte dominant et tyrannique". Ce sont les termes de l'arrêté du 26 brumaire An II (16 novembre 1793), promulgué par Conseil général du département de la Côte d'Or, relatif à l’exercice des cultes religieux.
Après avoir affirmé « que les signes extérieurs d’opinions religieuses quelconques sont des signes d’insulte pour les citoyens qui ont une opinion contraire », ce texte prescrit que :
   II – Les officiers municipaux, aussitôt après la publication du présent arrêté, feront abattre ou enlever les croix, ornemens, tableaux, bustes et autres ornemens de piété qui se trouvent hors des temples…
  IV – Tout citoyen républicain est invité à dénoncer au directoire du département, les municipalités dans l’étendue desquelles il se trouvera, vingt jours après la publication du présent arrêté, quelqu’un des monumens proscrits par l’article précédent.
 XII – Toute personne, et notamment tout ministre d’un culte quelconque, qui apportera quelqu’obstacle… aux dispositions du présent arrêté, sera mis en arrestation et traduit au tribunal révolutionnaire.

On le voit, vingt jours, c’est très peu de temps pour détruire toutes les croix du département, des milliers probablement, et cela montre la volonté des révolutionnaires d’agir rapidement et de façon radicale. Il y eut certainement un peu partout des gens déterminés à appliquer ces mesures, et d’autres qui s’y refusèrent.

Le vigneron de Chassagne Charles Paquelin témoigne de cet épisode dans ses Cahiers de mémoire. Il nous fournit même la date exacte des destructions qui ont affecté sa paroisse : « le Saize Novembre une armé révolutionnaire courait par la France qui ranversoient toutes les croix les petites chapelles et les figures des Saints qui brisoient les autel ». Ce témoignage est important, car il montre que ce n’est pas seulement la population locale et ses représentants qui ont détruit les croix, comme le demande l’arrêté, mais aussi des commandos révolutionnaires qui parcouraient le pays. Au contraire, certains habitants du lieu y étaient sans doute attachés, comme les gens de Meloisey qui ont enterré la croix de Triou pour la cacher et la protéger.
Jean Richard, dans son Histoire de la Bourgogne, révèle également que "l'armée révolutionnaire parisienne, se rendant à Lyon, avait abattu les croix, saccagé les autels et les statues des saints".

Il n'y a donc rien d'étonnant à constater que bien des croix ont été abattues en cette période troublée. Pour citer quelques exemples, on sait que ce fut le cas dans les cimetières de Saint-Aubin, d’Auxey, ou sur le mont de Sène à Santenay. Trois autres croix ont été renversées à Volnay. Il y en eut certainement bien d'autres sans que cela eût été nécessairement rapporté.
Un témoignage nous signale que la croix du cimetière de Saint-Aubin fut détruite pendant qu’on chantait un hymne révolutionnaire, écrit sur la musique du cantique « Quand l’eau sainte du Baptême ».
Du reste, ce ne sont pas seulement les croix de chemin qui sont menacées, mais aussi celles qui se trouvent sur les clochers.

Après les destructions, vient le temps des réparations. À Puligny, Anne Carillon, veuve Latour, s’y consacre inlassablement. Elle a fait remonter au moins quatre croix entre 1795 et 1806 ! Dès le 6 thermidor an III (24 juillet 1795), la municipalité de Volnay décide de replacer au sommet du clocher la croix qui avait été enlevée, et de relever celles qui avaient été abattues dans les deux cimetières et devant la chapelle de Notre-Dame.

C'était pourtant dangereux, car d'autres arrêtés furent promulgués en Côte d'Or en l'An IV (1796) et en l'An VIII (1799), arrêtés qui continuaient d'exiger la destruction des croix. Ces nouveaux textes sont bien l'indication que le premier arrêté n'avait pas été pleinement suivi d'effet. 

D’autres troubles ont amené la destruction de certaines croix, notamment la deuxième guerre mondiale. Les combats de la Libération ont détruit la croix de Sainte-Barbe à Auxey, et nous avons vu que le passage de chalands de l’armée allemande a anéanti une croix de mission de Saint-Aubin en 1943.

Le vandalisme est encore présent de nos jours, et la croix de la sortie nord de Puligny, ainsi que la croix des Bruyères de Saint-Aubin, ont été il y a peu dégradées volontairement. Il faut aussi compter avec l’attitude irréfléchie de quelques-uns, comme en témoigne la récente affaire de la croix de la Romanée-Conti, escaladée pour faire un selfie.

Ne croyons pas qu’avant la Révolution les croix étaient de la part de chacun l’objet d’une vénération éperdue. La croix située devant l’église de Volnay a été déplacée en 1736. Sur le registre paroissial, le curé nous conte comment on l’a enlevée du mur de clôture, « pour la garantir des indécences journalières qui s’y passaient » et comment on l’a installée au centre du cimetière.

On pourrait citer plusieurs accidents qui ont affecté les croix de la paroisse. Par exemple, un camion a dégradé la croix du Verpillot à Saint-Aubin. Un autre a complètement détruit la Croix Rousse de Chassagne-Montrachet qui a dû être refaite à neuf. La croix qui se dressait devant l’église de Pommard jusque vers 1950 est tombée, et toute trace en est actuellement perdue. La croix de la place de l’église de Mavilly a dû être restaurée car elle avait également été brisée lors d’un accident.

Nos croix, encore nombreuses, l’ont été davantage autrefois. Sur le territoire de la paroisse, plus de vingt-cinq croix dont l'existence est attestée par des documents des siècles passés ont totalement disparu. Quand on a la chance de disposer du plan d'un village datant de l'Ancien Régime, on est souvent surpris par le nombre de croix disparues. La Révolution n'est pas seule en cause : on sait qu’à Auxey la croix Morand et la croix du Châtelet n'existaient plus dès 1736. Inversement, à Chassagne, deux croix de carrefour encore debout en 1839, selon le plan du cadastre de l'époque, ont été détruites longtemps après la Révolution.


Les données historiques

Les archives

Il est relativement rare de trouver des documents d’archive concernant les croix, car elles étaient considérées comme des édifices mineurs.

Les auteurs anciens comme Courtépée ou Gandelot n’en parlent guère. Courtépée rappelle seulement une des dispositions du concile de Clermont (1095), le droit d’asile, qui explique la multiplication des croix à partir du XIIe siècle : « La noblesse, toujours à cheval, courait la campagne, poursuivait les voyageurs et les paysans désarmés, et les taillait en pièces. On avait multiplié les croix sur les chemins et dans les champs, pour servir d’asile aux malheureux qui couraient embrasser ce signe respectable de salut, que les nobles n’osaient violer : de là s’est conservé l’usage d’ériger sur les grandes routes ces monuments de piété qu’on y rencontre si fréquemment ».

C'est surtout dans les anciens terriers, documents qui décrivent les possessions foncières d’un seigneur ou d’une abbaye, qu'on trouve parfois mention des croix, surtout quand elles matérialisent une limite.

Dans ce contexte de rareté documentaire, on ne peut que remercier le curé Delachère, de Volnay, qui a porté sur le registre paroissial du village au XVIIIe siècle les différentes bénédictions de croix qu’il a faites. C’est le seul village de la paroisse pour lequel on dispose systématiquement de ce type d'information. Dans les autres registres, on mentionne les croix seulement en cas d'événement fortuit, par exemple si l'on fait une inhumation à proximité, ou comme à Meloisey si quelqu’un meurt sur les marches de la croix du cimetière (en 1699).

On pourrait croire que les croix relativement récentes du XIXe siècle sont mieux documentées. Mais il n’en est rien. Comme elles résultent généralement d’une initiative privée, la rareté des documents peut se comprendre. Le souvenir des circonstances de leur construction est souvent perdu parmi la population. On ne sait plus trop à quoi correspond la date gravée. Est-ce un événement heureux ou malheureux ? Est-ce simplement la date de la bénédiction de la croix ? On ne peut espérer aucun secours des registres paroissiaux qui n’existent plus, remplacés par les registres d’état civil.

La famille elle-même qui a installé une croix, souvent ne sait plus quelques générations plus tard ce que signifie la date inscrite.

Dans la plupart des cas, on n’a pas d’autre information que le texte gravé sur la croix, parfois assez détaillé (croix de pierre de Saint-Romain), parfois absent ou illisible.

Il résulte de tout cela une grande disparité. Pour certaines croix, on dispose de beaucoup de données. Mais pour d’autres, on ne sait pratiquement rien.

Les croix anciennes ont souvent été changées de place. Devenues gênantes au milieu des carrefours, elles ont été mises au bord des voies, parfois sur une parcelle de terrain privé. Certaines, comme la croix Bussy du Moulin de la Velle, à Meursault, autrefois dans un carrefour, sont maintenant inaccessibles dans une propriété privée. Cette « privatisation des croix » résulte de deux désirs contraires, celui de protéger les croix des périls qui les menacent, et celui de débarrasser l’espace public de ces monuments jugés encombrants ou indésirables (comme la croix du pré Jobard de Nantoux).

Il est vrai que certaines croix sont installées sur un terrain privé depuis longtemps. Mais cela ne devait pas entraver l’exercice du culte, puisqu’à Nantoux la croix « jardin du curé » (1779) possède une inscription qui rappelle le « droit de passage de la procession ».

Les plans d’alignement de nos villages, qui datent des années 1840, et qui sont disponibles sur le site des Archives départementales, font figurer certaines croix. Comme ces plans sont précis, on voit que nombre d’entre elles se trouvaient alors à la place d’honneur, au centre des carrefours ou des places. Les mêmes à l’heure actuelle sont reléguées sur les côtés, plaquées près des constructions, beaucoup moins visibles, en partie cachées par les véhicules en stationnement. Parfois, des travaux font monter le niveau de la chaussée, et font disparaître les emmarchements, voire les moulures de la base du piédestal, ce qui modifie les proportions du monument et lui enlève de sa beauté. Il en est de même des 4 bornes qui encadrent certaines croix, qui peuvent être cassées et enlevées.

À part les archives, il existe d’autres sources d’information, notamment les souvenirs des personnes âgées des villages. En réalité, assez peu de données ont été collectées par ce moyen, car les faits transmis par la tradition orale sont trop souvent imprécis et sujets à caution. Ils permettent rarement de remonter loin dans le temps.

En définitive, c’est plutôt l’observation attentive des croix qui nous livre quelques informations sur ce qui leur est arrivé. En effet, les croix peuvent être constituées d'éléments d’âge, de forme et de styles variés. On constate qu’on a rétabli des croix avec des morceaux disparates, voire avec des blocs de réemploi mal retaillés. On les a changées de place, ou bien on a changé leur nom. Il n’est pas étonnant qu’aucune mémoire humaine n’ait conservé le détail de toutes ces transformations, accomplies sur de longues périodes.

Les dates figurant sur les croix

Comme certaines croix ne portent aucune date (63 sont datées sur un total de 97), il est souvent fort difficile de déterminer leur âge, et de restituer leur histoire qu’on devine complexe.

Mais peut-on se fier aux dates gravées dans la pierre ? Ce sont souvent des dates de réfection et non de construction. Les artisans qui travaillent sur une croix inscrivent la date où ils sont intervenus. C'est ainsi qu'on peut trouver différentes dates sur une même croix (la croix du cimetière de Monthelie montre deux dates différentes sur le dé à la base du fût). On peut aussi constater qu'assez fréquemment des croix qui portent une date du XIXe siècle figurent déjà sur des plans du XVIIIe, comme à Puligny-Montrachet ou à Meloisey. Quant à la croix Rousse de Chassagne-Montrachet, elle présente la date de 2015, année où elle a été reconstruite, alors qu'elle figure sur le cadastre de 1839.

Ainsi, la date gravée sur une croix peut nous cacher une existence antérieure. Mais on peut supposer aussi l’inverse : en refaisant une croix à l’identique, peut-être a-t-on remis une date ancienne sur une partie nouvelle. C’est pourquoi l’interprétation des dates ne doit se faire qu’avec la plus grande prudence.

La croix datée la plus ancienne fait partie de la fontaine Barolet à Saint-Romain, qui porte le millésime 1582. Deux autres croix sont datées du XVIIe siècle, et 10 du XVIIIe siècle.

C’est peu, somme toute, car les croix anciennes ont majoritairement été abattues à la Révolution. Celles qui ont été rétablies portent souvent des dates du début du XIXe siècle.

Mais quel siècle que ce XIXe siècle ! Une vague de ferveur religieuse a suscité la rénovation ou l’installation de beaucoup de croix. On trouve alors 45 croix datées, ce qui illustre bien l’activité de la période. Elles ont une apparence plus stéréotypée que les croix anciennes. La montée de l’anticléricalisme à la fin du siècle, ainsi que la loi de séparation de l’Église et de l’État ont quelque peu ralenti le mouvement, sans pour autant le tarir.

On trouve encore 5 croix portant une date du XXe siècle, et 3 du XXIe siècle, ces dernières ayant seulement été réparées ou rétablies sur l’emplacement d’anciennes croix.


Les noms gravés

Il n’y a pas que des dates sur nos croix, on trouve aussi des noms. Souvent, ces noms sont encore portés par des habitants du village ou des villages voisins. Ce sont les noms des personnes qui ont construit ou fait construire les croix, ou bien de celles qui les ont restaurées. Il n’est pas toujours possible de le savoir.

Il faut mettre à part une croix de Monthelie sur laquelle on lit un nom sans rapport avec la croix, puisque il semble bien que le piédestal ait été refait avec une ancienne pierre tombale.

Quand une croix est édifiée par un ménage de paroissiens, il est fréquent d’y voir mentionnés les noms des deux époux. C’est généralement le nom du mari qui apparaît en premier, même si, peut-être, l’idée venait de son épouse.

Les registres paroissiaux et les registres d’état civil nous renseignent sur les personnes nommées sur les croix. En voici quelques exemples :

Gaspard Sauvageot, vigneron de Mavilly, était âgé de 76 ans quand il a édifié la croix du bois de Sabot en 1761.

Jean-Baptiste Joly, propriétaire à Puligny, avait 72 ans quand il a édifié la croix de la place de Johannisberg en 1805.

Jean Caillet, propriétaire, avait 49 ans en 1804 quand il édifia la croix de la rue des Charmots à Pommard, avec son épouse Anne Micault, âgée de 52 ans.

Jean-Baptiste Battault a fait relever la croix de Sainte-Barbe à Auxey en 1818, à l’âge de 59 ans.

Jean Bussy, propriétaire, avait 72 ans quand il édifia Saint-Christophe de Meursault en 1823.

Simon Fortier, propriétaire cultivateur, avait 62 ans quand il a édifié la croix de Cornillon à Meloisey en 1842, avec son épouse Marguerite Emonin âgée de 60 ans.

Étienne Monthelie, propriétaire et maire du village était âgé de 73 ans quand il édifia la croix de la Jolie à Monthelie en 1865, avec sa femme Louise Monthelie âgée de 66 ans.

Emmanuel Nuidant, vigneron et tailleur de pierres de Meursault avait 55 ans quand il édifia sa croix en 1934, et sa femme Hortense Virely 56 ans.

On le voit, ce n’est guère avant la cinquantaine qu’on se préoccupe d’édifier une croix, et encore faut-il disposer des moyens nécessaires. Sans doute, voyant la mort approcher, ces personnes étaient désireuses d’œuvrer pour leur salut. Certaines croix ont été installées par des prêtres (croix de la place de la mairie de Volnay, croix disparue de la place de l’église de Pommard).

L’observation des différentes parties des croix

Généralement, mais ce n’est pas toujours vrai, on peut considérer que la partie inférieure du monument, les marches et le piédestal, sont la partie la plus ancienne. Toutefois, à l’occasion d’un déplacement, la croix a pu être remise en place sur une marche neuve, parfois en ciment. Le piédestal lui-même a pu être refait, ou bien il n’en reste que la partie inférieure. C’est ce qu’on remarque à Maîtranceaux ou à Auxey-le-Petit, où ne subsiste qu’un tronçon de piédestal du XVe siècle. La croix qui s'élève devant l’église de Saint-Romain présente un piédestal que l'on peut dater du XVe siècle à la base, et qui est un peu plus récent pour la partie supérieure.

Le fût est souvent plus jeune que le piédestal, et le croisillon encore davantage. Certains croisillons ont été refaits en ciment assez récemment (croix du bois de Sabot à Mavilly, croix de Vollon à Saint-Aubin). Rares sont les croisillons anciens (croix de la place de l’église de Mavilly, ou du cimetière d’Auxey).

Certaines de nos croix ont-elles remplacé des mégalithes, ou d’autres monuments païens, comme cela est attesté à certains endroits ? On ne peut l’affirmer avec certitude. On sait cependant que le mont de Sène à Santenay, maintenant couronné par les Trois-Croix, a été le siège d’une importante station néolithique et gallo-romaine.

Les tailleurs de pierre

On a peu d’information sur les tailleurs de pierre qui ont confectionné les croix. Les croix anciennes ne paraissent porter aucun signe laissé par l’artisan. Ce que l’on voit sur la corniche de la croix de la place de Johannisberg à Puligny en serait-il un ? On peut citer aussi la croix de Mazeray à Meursault sur laquelle l’artisan a laissé non pas son nom réel, mais son nom de compagnonnage. On devine également un monogramme sur les flancs du piédestal de Saint-Christophe. La croix du cimetière de Saint-Romain, qui date des années 1930, est signée sur le piédestal. Les sculpteurs qui ont refait des croisillons récemment ont apposé leur monogramme, comme à Meloisey. La croix Nuidant de Meursault est un cas particulier puisque le nom gravé sur le socle est à la fois celui de l’artisan et du donateur.

Les différents types de croix de la paroisse :

Les croix de cimetière

Ces grandes croix dominent les croix individuelles des tombes. Elles indiquent qu’on est dans un champ sacré, et que les corps des personnes inhumées attendent la résurrection. Il s’en trouve dans tous les villages de la paroisse, sauf à Meursault.

Certains villages en possèdent deux, voire trois. Quand on changeait le cimetière de place, on ne touchait pas à la croix, et on en faisait une autre pour le nouvel emplacement. À Volnay, le cimetière situé près de de l’église, a été transféré successivement sur la place de la Mairie, puis dans son lieu actuel près de Notre-Dame de Pitié. Il existe une croix pour chacun des trois sites. Auxey en possède trois, car avec ses deux hameaux, le village a trois cimetières. La croix Saint-Martin en était peut-être une quatrième, datant du temps où il y avait un autre cimetière autour de l’église.

Les croix de chemin et de carrefour.

Les croix de chemin rassuraient les voyageurs sur les routes. Un carrefour est un endroit important sur un trajet, c’est le lieu d’un choix. Y mettre une croix est une habitude ancienne, qui perpétue peut-être un culte ancestral datant du paganisme. On a installé des croix dans les carrefours des agglomérations aussi bien qu’en rase campagne. Elles sont nombreuses. La plus célèbre de toutes est la proverbiale « Croix de Pommard », à l’origine de l’expression régionale bien connue. C’est sans doute la seule des croix de notre paroisse, et peut-être du diocèse, qui ait induit un tel phénomène linguistique.

Les croix de sommet.

Plus que les autres, une croix de sommet est visible de très loin. Elle sacralise une montagne, et toute la région qui l’environne. Depuis l’Ancien Testament et le mont Sinaï, le symbole de la montagne appelle l’idée de Dieu. Cela n’est d’ailleurs pas spécifique au christianisme, il suffit de mentionner le mont Olympe des Grecs anciens. Dans notre paroisse, on peut citer la croix de pierre à Saint-Romain, au bord d’un dénivelé à pic de 75 mètres, la croix du Mont à Meloisey, la croix Simone de Mavilly, récente, et bien sûr, les Trois-Croix de Santenay sur le mont de Sène.
Saint-Romain

Les croix de mission.

Les missions existent depuis plusieurs siècles dans nos villages. Elles ont permis au christianisme de regagner du terrain après la tourmente révolutionnaire. C’est pourquoi elles ont été nombreuses surtout au XIXe siècle, puis au XXe. Le prêtre missionnaire pouvait inciter les fidèles à construire une croix à cette occasion pour perpétuer le souvenir de leur conversion et les aider à garder leur foi retrouvée. La plus ancienne de la paroisse est à Saint-Romain, deux autres existent à Santenay, une à Saint-Aubin (sans compter celle qui a été détruite par l’armée allemande), une à Puligny, et la plus récente est à Volnay. On a vu qu’un témoignage en évoque une autre qui existait avant la Révolution à Chassagne.

Les croix de mémoire.

Ce type de croix est élevé sur le site d’un événement dramatique, un crime ou un accident. L'inscription quand elle existe informe le passant, et l’invite à se recueillir et à prier pour la victime. On peut mentionner la stèle Brigodiot à Auxey, ou la croix de Carran à Saint-Romain.

Au contraire, une croix peut avoir été mise en place à la suite d’un événement heureux. Quoi de plus édifiant que le geste de ce vigneron de Chassagne, qui grave en 1790 sur un piédestal qu’il a « fait élever cette croix sur son terrain en action de grâce de ce qu’il a été préservé de la grêle cette année » ?









Les croix d’affirmation de la foi.

Ce sont des croix d’initiative privée. Elles matérialisent la volonté des donateurs d’affirmer leur foi dans le Christ. En construisant une croix qui resterait après leur mort pour témoigner, ces paroissiens travaillaient pour leur salut et contribuaient à celui des autres. Leur nom est souvent gravé sur le monument, et c’est aussi une façon d’en perpétuer le souvenir dans la société humaine.

À ce titre, on peut constater qu’une croix qui porte les mots « À la mémoire de X… » n’a pas forcément été érigée après la mort de la personne concernée. Il arrive que l’intéressé lui-même, après avoir fait construire la croix, fasse graver ces mots en prévision de son propre décès.

Une croix de peste.

Elle est située à Monthelie, et est appelée la croix des Pestiférés. Il n’en restait que des débris, elle a été récemment refaite. Ce type de croix commémore un épisode dramatique. A-t-elle été bâtie pour protéger le village de cette terrible maladie infectieuse, ou bien pour signaler le lieu d’inhumation des victimes d’une épidémie ?

Une croix de pont.

Le pont de Melin est garni en son milieu d’une croix monumentale. C’est le seul pont ainsi sacralisé sur l’ensemble de la paroisse.

Une croix de fontaine.

Cette croix de Saint-Romain, la croix Barolet, était aussi une fontaine comme l’atteste l’inscription.


Pourquoi s’intéresser aux croix et les entretenir ?

La question autrefois ne se posait pas, car les croix étaient intimement associées à la vie quotidienne. Le réseau des croix du village constituait un véritable sanctuaire en plein air, vivifié par de multiples cérémonies et processions. De plus, sous l’Ancien Régime, les croix étaient strictement protégées par la loi.

Faute de fidèles et de prêtres, et ne bénéficiant plus du soutien du pouvoir, ces pratiques religieuses ont bien diminué, sans pour autant avoir totalement disparu : les Rogations qui reprennent sont même le signe d'une renaissance. Il reste aussi le fleurissement des croix pendant la période pascale, qui a un véritable sens religieux, à la différence du fleurissement estival, qui a surtout une signification touristique.

Maintenant que les pratiques collectives s’amenuisent, il reste encore la dévotion individuelle, plus difficile à apprécier. On en trouve des indices matériels, par exemple des bougies placées sur la plateforme de certaines croix, ou les bouquets de fleurs ou rameaux de buis que beaucoup accrochent encore à la grille de Saint-Christophe de Meursault. Quant à l’accumulation de petits cailloux sur la croix Simone de Mavilly, que peut-elle signifier, sinon que chaque pèlerin qui fait l’ascension jusqu’à la croix apporte sa pierre ? Quel sens accorde-t-on à cette pratique ?

Chassagne-Montrachet (bougie), Meursault (rameaux de buis), Mavilly-Mandelot (cailloux)

On a vu que les croix ont structuré la vie religieuse collective et individuelle de nos aïeux. Elles ont structuré le temps liturgique car certaines processions avaient lieu à des jours fixés, ou à des époques déterminées de l’année. Elles structuraient aussi l’espace rural profane. Leur fonction peut s’étudier sous l’angle religieux, mais aussi sous celui de l’anthropologie et de la sociologie. Pour toutes ces raisons, elles méritent d’être conservées.

Leur valeur artistique est un autre critère d’appréciation. Certaines croix sont exceptionnelles par leur ancienneté, par leur rareté, par la qualité de leur exécution. Ce sont de remarquables œuvres d’art. Leur classement parmi les monuments historiques témoigne de l’intérêt qui leur est porté, pas seulement par la population locale mais aussi par les autorités (la croix du cimetière de Santenay a été classée le 1er août 1902, celle du cimetière d’Auxey le 29 décembre 1925, et celle de la place de l’église de Mavilly le 28 octobre 1941). Leur ancienneté, leur beauté, mais aussi leur originalité et leur état de conservation ont certainement été déterminants pour obtenir leur classement.

Nos croix classées

Il est vrai que d’autres croix présentent moins d’intérêt. Construites au XIXe siècle notamment, elles paraissent faites en série sur un modèle presque identique. Cependant, la population continue à y tenir. Beaucoup de croix ont été restaurées, et pas seulement les plus spectaculaires. Cela témoigne de l’attention qu’on leur porte encore, et de la place qu’elles occupent à la fois dans le paysage rural et dans l’imaginaire collectif. Leur présence familière et tutélaire rassure.

On les refait à l’identique, ou bien dans un style radicalement différent, résolument moderne, comme ce fut le cas pour la croix de Pommard, dont on ne connaissait pas l’aspect ancien. Voilà une croix qui a cessé d’exister entre 1793 et 1958, et qui a été refaite uniquement parce que son souvenir demeurait dans les mémoires. De même, la croix des Pestiférés de Monthelie a été reconstituée en 2017 à partir de quelques vestiges. Tout cela manifeste indéniablement l’attachement qu’on leur porte.

D’autres croix malheureusement sont abandonnées et sont en danger de disparaître. On les voit inclinées, envahies de mousse ou de lichens. Leur emmarchement ou leur piédestal sont déstabilisés et leurs pierres sont désagrégées. Il serait urgent de les restaurer. Malheureusement, s’il est déjà malaisé pour les communes d’y consacrer les moyens nécessaires, il est encore plus difficile, quand la croix est privée, d’inciter un propriétaire indifférent à investir dans un monument non protégé. Or, une restauration coûte cher. À titre d'exemple, la restauration récente de la croix du cimetière de Santenay a coûté 30 000 euros. Il est vrai qu'il s'agit là de la restauration d'une grande croix classée, et que les travaux exécutés sur une croix plus banale n'auraient pas nécessité une telle somme, mais la question du financement se pose dans tous les cas.

À l’issue de ce travail sur les croix de la paroisse, on se rend compte que les informations que nous avons pu réunir restent incomplètes, même pour les croix les mieux documentées. Ce qui nous a été transmis laisse entrevoir beaucoup de transformations au cours des âges, de déplacements, de destructions, de reconstructions, de changements de nom, sans compter tous les faits inconnus dont ces monuments ont été les témoins ou dans lesquels ils ont pu jouer un rôle.

Ces croix sont notre bien commun. Par leur construction, nos ancêtres nous témoignent leur foi par-delà les siècles. Ces monuments ont toujours été mêlés à la vie de la population. Loin d’être un patrimoine immuable légué par les temps passés, c’est au contraire un héritage fragile, menacé, sans cesse en train d’évoluer, et qui demande toute notre sollicitude. Espérons qu’aucun décret ne prétendra plus comme en 1793 les détruire en totalité. Leur implantation sur notre territoire, phénomène religieux, culturel et sociologique, doit être préservée, car ces monuments souvent modestes sont profondément ancrés dans nos paysages et dans nos cœurs.